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Bonjour à tous
Il y a quelques semaines nous avons mis en place de nouvelles fonctionnalités en version beta et vous demandions de les tester et nous donner votre avis. Avec le retour de quelques utilisateurs voici la nouvelle version de Vox.
Nouvelle navigation
Vous avez sans doute déjà remarqué cette nouvelle navigation supérieure de Vox. Tout ce qui était accessible avec l'ancienne version l'est encore, mais l'affichage est plus agréable et facile à utiliser, nul doute que vous l'apprécierez une fois que vous vous serez habitué au changement.
a noter:
- Il n'y a plus de menus déroulant (seulement des liens, plus facile à manipuler)
- Vous pouvez accéder directement à vox photos ou média (anciennement appelé "organiser")
- Attention c'est très subtil, si vous naviguez sur un blog, vous noterez que l'onglet sélectionné varie si le blog visité est le votre, fait partie de votre communauté ou non.
Nouvelle page d'accueil
La page d'accueil de Vox pour les nouveaux visiteurs "non connectés" a été totalement revue, elle est désormais plus aérée et nous espérons qu'elle donnera envie à d'avantage de monde de nous rejoindre.
La page d'accueil de Vox a également beaucoup changé pour vous tous les utilisateurs régulier de Vox. Vous pourrez en haut de page et en quelques clics visualiser l'activité de votre communauté, vous pourrez également trouver vos amis. Il est désormais possible de trouver vos amis (les personnes dont vous possédez l'adresse email) soit en cherchant dans votre compte WebMail ou bien en exportant la liste de vos contact de votre logiciel mail installé sur votre ordinateur. Si vous aimez Vox invitez-y les personnes qui vous sont chère afin de partager d'avantage avec eux.
Les éléments Question du Jour, Défi Vox, C'est Top, Favoris Vox... sont bien entendu toujours présents sur la page d'accueil.
Nous espérons que ces changements vous plairont et feront de Vox un endroit encore plus agréable à consulter.
Et comme nous ne pouvons jamais nous en empêcher, nous vous offrons également quelques nouveaux habillages ;)
L'équipe Vox
Biographie de Joseph Cesarini |
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Diplômé de l’école des Beaux-Arts de Marseille, photographe de formation, il découvre l’univers carcéral en 1987 et réalise Tatoo cage . En 1989, il rencontre le cinéaste Renaud Victor et collabore à la réalisation du film De jour comme de nuit, sur la vie quotidienne des détenus. De 1991 à 1994, il co-réalise avec Caroline Caccavale Coursives, une série d’émissions débats tournée en prison. Parallèlement à son travail de réalisateur, il fonde avec le photographe Marcel Fortini “Le Centre Méditerranéen de la Photographie” à Bastia (Corse).En 1999 et 2000, il réalise deux films dans le cadre des ateliers vidéo mis en place par l’association Lieux Fictifs dans la prison des Baumettes de Marseille : Mon ange et La Vraie vie . Ces deux courts-métrages expérimentent de nouvelles formes de représentation de la personne incarcérée. Le regard du détenu, sur lui, sur nous, sur la prison, y sont intimement liés à l’acte de mémoire. À partir de 1997, il commence un travail en Corse sur les paradoxes de l’insularité : en 2000 il réalise Les cousins de Barbaggio ; en 2001 I Paceri, à la recherche des faiseurs de paix. Il retourne à la prison des Baumettes en 2002 avec le projet 9m² pour deux (2005) , une expérience cinématographique qu’il co-écrit et réalise avec Jimmy Glasberg et avec la collaboration de Mourad, Roger, Williams, Christopher, Philippe, Nordine, Bruno, Mohamed, Kamel et Olivier. |
De jour comme de nuit
Un film de Victor Renaud 1991 • France • Documentaire • 104 mn • Couleur • Mode de production : Télévision • VF
"Le dernier film de Renaud Victor, achevé juste avant sa mort en 1990. De tout son travail sur l'autisme auprès de Fernand Deligny Renaud Victor garde ses propres questions sur l'enfermement. Quand il nous montre comment on arrive à survivre entre les murs de la prison, ici la prison des Baumettes à Marseille, il nous parle aussi de l'enfermement entre les murs dans sa tête. C'est ce qui donne la force à ces témoignages filmés, de jour comme de nuit, au plus près de la condition des détenus." (Bruno Muel)
Les Baumettes, Marseille 1991. La prison, telle une « caisse de résonnance », amplifie les problèmes de société : entrer ou sortir, être dedans ou dehors, les ressemblances priment les différences. De son immersion dans ce monde carcéral, Renaud Victor rapporte un film sur les hommes enserrés dans les murs. Ils parlent de ce dont ils ont envie de parler, avec dignité, émotion et humour…
La nécessité d’instaurer un climat de confiance, tant avec les détenus qu’avec les surveillants, a conduit le réalisateur à partager, durant un mois, leur vie en prison. C’est cette longue approche qui permet sans doute aux uns et aux autres de dépasser le stade du simple témoignage inhérent à l’univers carcéral et de révéler, à travers le miroir déformant qu’est la prison, les mécanismes qui régissent notre société. Rendre leur dignité aux détenus, c’est d’abord leur donner la parole. Une parole terrible de vérité, sans garde-fou, formidable revanche sur le langage du pouvoir et l’insupportable langue de bois (exemple de cette avocate venue s’entretenir avec son client). Un acte de vie dans un univers où, comme le dit l’un des détenus, « on craint de perdre des mots. »
Mon Ange
Pour exprimer ses interrogations sur la question du bien et du mal, Adel se souvient d’une fable que lui avait un jour racontée son frère.
FICHE TECHNIQUE
Réalisation : Joseph Césarini
Scénario : Adel L.
Images : Joseph Césarini - Frank S. - Adel L.
Son : Makram Z.
Montage : Joseph Césarini - Adel L.
Suivi technique : Jean-Luc Chaperon - François Landriot
Administration de production : Anne de Marans
Production : Lieux Fictifs - Caroline Caccavale
FESTIVALS
Sélectionné au Festival international du Film Documentaire de Marseille, 2001 - " Les Instants Vidéo " de Manosque, 2001 - Festival Documentaire de Lorquin, 2001 - Rencontres Cinéma et vidéo de Nice 2001 - Festival international d'Art Vidéo " Vidéoformes " de Clermont-Ferrand, 2000 - Primé au Festival " Traces de Vies " de Clermont-Ferrand, 2000.
FINANCEMENTS
Ce film a été réalisé dans le cadre de l’Atelier de Formation et d’Expression Audiovisuelle au Centre Pénitentiaire des Hommes de Marseille. Une production Lieux-Fictifs soutenue par les Directions Régionale et Départementale de l’Emploi, du Travail et de la Formation Professionnelle, de la Direction Régionale des Services Pénitentiaires PACA, du Fonds Social Européen, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles PACA, de l'Association Socio-Culturelle et Sportive du CP des Baumettes, du Conseil Général 13, du Conseil Régional PACA et de la Politique à la Ville.
La vraie vie
FICHE TECHNIQUE
Réalisation : Joseph Césarini
Assistante à la réalisation : Laetitia Martinet
Scénario : Aziz B. - Joseph Césarini
Images - Son : Joseph Césarini - Jean-Luc Chaperon
Lumière : Joseph Césarini
Montage : Joseph Césarini assisté d’Aziz B.
Documentation : Michel U. Aziz B.
Suivi technique : François Landriot assisté de Mohamed Z, Alain B, Adel L, Michel U, Fabrice M, Brahim Z.
Production: Lieux Fictifs - Caroline Caccavale
FESTIVALS
Sélectionné au Festival " Les Etats Généraux du Documentaire " de Lussas, 2001 et 2004 - Salon des Refusés (Paris), 2004 -Festival de Cinéma de Rennes “Travelling”, 2004 - Songe d’une nuit DV (Paris), 2003 - Rencontres Lycéennes de Vidéo (Bagnères-de-Bigorre), 2001 - Festival international du Film Documentaire de Namur (Belgique), 2001 - " Les Instants Vidéo " de Manosque, 2001 - Festival du Documentaire de Lorquin, 2001- Rencontres Cinéma et Vidéo de Nice, 2001 - Rencontres Urbaines de La Villette, 2001 - Festival " Les Ecrans Documentaires " de Gentilly, 2001 - Rencontres vidéo du Vidéographe à Montréal (Canada), 2000 - Primé au Festival " Traces de Vies " de Clermont-Ferrand, 2000 - Cinémathèque Française - programmation Cinéma d’Avant-garde, 2004.
FINANCEMENTS
Ce film a été réalisé dans le cadre de l’Atelier de Formation et d’Expression Audiovisuelle au Centre Pénitentiaire des Hommes de Marseille. Une production Lieux-Fictifs soutenue par les Directions Régionale et Départementale de l’Emploi, du Travail et de la Formation Professionnelle, de la Direction Régionale des Services Pénitentiaires PACA, du Fonds Social Européen, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles PACA, de l'Association Socio-Culturelle et Sportive du CP des Baumettes, du Conseil Général 13, du Conseil Régional PACA et de la Politique à la Ville. Avec l’aide de Système Friche Théâtre.
La vraie vie est un film où le regard et l’émotion sont intimement liés à l’acte de mémoire.
Chercher quelque chose qui ressemble au bonheur qui fuit toujours ...
Pour nous parler de sa vie, de ses désirs, Aziz fait appel à des séquences de cinéma. Son récit nous interroge sur la puissance des images qui brouille parfois notre perception de la réalité vécue.
Les cousins de Barbaggio
72 minutes 2001 France Mini DV
Réalisation : José Cesarini.
Image : José Cesarini.
Son : José Cesarini .
Musique : Jean-Marc Monterra.
Montage : José Cesarini, Catherine Poitevin, Fabrice Mierlot et Sébastien Bretagne.
Production : Aladin
Co-production : Lieux Fictifs
Distribution : Regard Nomade
Entre mer et montagne, Barbaggio, village du "Nebbiu" (brumes) corse, sa lumière, son climat, son rythme.
Dans la maison de ses ancêtres, sans gaz ni électricité, Louis, 80 ans, vit en ermite sur les hauteurs qui dominent le village. Il n'entend plus bien et s'absorbe dans la lecture ou la relecture de livres qui ont construit sa perception du monde : Corneille, Crébillon, des ouvrages d'érudition sur l'histoire de la Corse et des civilisations méditerranéennes. Mais s'il a choisi de se couper du monde, il compte sur les visites de son cousin germain, Jacques, son seul lien avec l'extérieur.
Jacques est vigneron. Chasseur, bricoleur, il vit pour sa terre et son métier. Mais il commence à s'inquiéter de son isolement, car la génération suivante ne partage pas sa passion.
Production / Diffusion : Aladin, Lieux fictifs, France 3 Corse
Jacques et Louis sont cousins et vivent dans le nord de la Corse, dans des régions de Brumes (Nebbiu). Louis, le plus âgé, est sourd. Sa grande érudition en histoire des civilisations méditerranéennes lui a forgé une solide philosophie. Jacques représente son seul lien avec l’extérieur. Pour ce dernier se pose la question difficile de l’avenir de son exploitation viticole.
José Cesarini est photographe et réalisateur. En 1994, il co-fonde Lieux Fictifs, atelier de production et de réalisation avant de créer depuis quelques années le Centre de formation vidéo des Baumettes, à Marseille. Outre Les Cousins Barbaggio (2001), largement diffusé sur grand écran (Lussas, Cinéma du Réel 2001, Festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier, Cinémathèque Corse, Mois du Film Documentaire), José Cesarini est l’auteur de documentaires comme 9m² pour deux (2004), de La vraie vie (2000), et Mon ange (1999).
9m2 pour deux : regards sur la prison
Expérience cinématographique réalisée aux Baumettes, 9 m² pour deux échappe au discours plombant sur la prison. Un petit miracle au vu de ce projet qui empreinte tout autant au cinéma direct qu’à la réinsertion sociale via la caméra. Il ne faut pas prendre pour argent comptant ce petit film fait avec les moyens du bord, initié par Joseph Césarini et Caroline Cacavale, tout deux fondateurs de l’association Lieux Fictifs. C’est d’ailleurs cette appellation qui convient le mieux pour définir 9 m² pour deux. Même si le film est le fruit du temps de huit prisonniers purgeant leurs peines, de leur expérience en milieu carcéral, il s’agit bien d’une fiction et non d’un documentaire.
9 m²... repose sur un processus de mise en scène simple - le passage de la main à la main d’une caméra DV, se moquant du champ contre champ -, et renouvelle avec intelligence le regard sur le huis clos. Enfermé dans une cellule, un couple de détenus se confie, s’engueule vertement ou devise sur l’existence. Le studio installé aux Baumettes reproduit la chambrée, le film se dégageant ainsi de la réalité carcérale pour mieux la copier. Toute l’ambiguïté du procédé est là. Dans le naturel de ces acteurs improvisés, dans ce décor de fortune plus vrai que l’original, dans notre œil rincé des images du JT, du Prisonnier d’Alcatraz ou de Brubaker. De la première saynète, qui montre un détenu filmant son intérieur pour sa dulcinée, à une conversation outrée entre deux prisonniers noirs, le film brouille les cartes de la fiction. Loin de la manipulation, les réalisateurs Jimmy Glassberg et Joseph Césarini mettent le spectateur aux prises avec ses propres préjugés. Que voit-on de la prison lorsque la mise en scène est transparente, lorsque la scénarisation est invisible ?
La contrainte technique et, de fait judiciaire, de l’enfermement est l’occasion de resserrer l’intrigue autour des personnages, de leur psychologie. Ici un prisonnier tatillon sur l’hygiène, là un fan de musique classique et de littérature du XIXe siècle. Tout concourt à percevoir la prison comme un lieu vécu, un espace de sociabilité. Etrange pour une institution rétractée derrière d’épais murs, confinant ses habitants dans l’isolement. La société se glisse derrière les barreaux, inonde la cellule : ne voit-on pas défiler le répertoire bien rempli d’un portable à l’écran ?
9 m² pour deux est un réussite inattendue, biaisant les problématiques usuelles du cinéma social tout en les exploitant. En se filmant, les prisonniers regagnent une place dans la communauté des images. En attendant de reprendre celle qui leur échoit dans notre société.
Nicolas Bauche
PHOTOS
EXTRAITS VIDEOS
Autres extraits
commeaucinema.com
allocine.fr
Lieux Fictifs
Lieux Fictifs a été créée en 1994 à l’initiative de Joseph Césarini et Caroline Caccavale, réalisateurs indépendants qui souhaitaient formaliser en un lieu leurs réflexions et leurs pratiques sur l’image. Rejoints depuis 1997 par d’autres individualités, Lieux Fictifs est aujourd’hui un collectif.
Cette structure a pour objectif de produire des films écrits et réalisés par des auteurs réalisateurs ou des artistes vidéo qui explorent les champs de la création et de la recherche.
En tant que producteurs, nous accompagnons chaque projet de création au-delà d’une seule logique commerciale. Nous essayons d’inventer pour chaque film des dispositifs d’écriture, de réalisation et de production. Depuis 1997, la structure porte également un dispositif d’accueil d’artiste en résidence au Centre pénitentiaire de Marseille, artistes qui souhaitent développer, en collaboration avec des personnes incarcérées, une recherche sur de nouvelles écritures vidéo et cinéma.
C’est ainsi qu’une partie des films produits par lieux Fictifs l’ont été depuis la prison.
Une expérience cinématographique en prison
Cette arrivée a ainsi “libéré” un certain nombre de films d’un schéma unique de production et de réalisation.
Au centre de ces nouveaux enjeux de production, d’écriture et de réalisation, on retrouve la notion de “transmission”.
La taille, le coût et la maniabilité de ces outils d’enregistrement permettent de partager plus librement l’expérience de la fabrication d’un film avec des personnes non-initiées.
Ce n’est plus seulement la question de “Comment je filme l’autre ?” qui est posée, mais aussi de “Comment je filme avec l’autre ?”.
Une réciprocité peut alors s’engager entre le cinéaste et les personnages, les uns et les autres se cherchant une autre place.
Les personnages ne sont plus otages d’un discours que l’on tient sur eux, ils participent activement à l’élaboration du film. Le rapport filmeur-filmé évolue. Les personnages deviennent « auteurs-filmeurs-interprètes». Au caractère rassurant du pouvoir de filmer s’oppose alors la fragilité de la rencontre. La place de celui qui regarde est remise en question dans ce nouveau processus de création.
En pratiquant ces outils, les cinéastes expérimentent de nouvelles écritures. C’est une grande chance pour le cinéma qui n’a jamais cessé d’être ce champ d’expérimentation sur l’utilisation des outils d’enregistrements. Je pense ici bien évidemment à Dziga Vertov.
La réalisation des films-essais produits par Lieux Fictifs dans le cadre des Ateliers d’Expression Audiovisuelle au Centre Pénitentiaire de Marseille s’inscrit dans cette réflexion.
Dans ces ateliers, à travers l’utilisation des caméra DV, nous avons interrogé, avec des personnes incarcérées, cette question du regard.
Pour Lieux Fictifs, cette démarche correspond à la volonté de participer à une réflexion plus large sur le sens de la cinématographie.
Ces expériences auraient pu être menées sur un territoire autre que celui de la prison. Il se trouve que c’est avec des personnes incarcérées et dans le cadre de la politique culturelle en milieu carcéral qu’elles ont été entreprises depuis 1997. Si Lieux Fictifs a choisi d’intervenir dans l’espace carcéral, auprès de personnes incarcérées, c’est parce que, dans ce lieu de contraintes maximales, il est vital de continuer à mettre en mouvement sa pensée, son imaginaire, sa mémoire. Il est nécessaire que ceux-ci prennent forme et figure afin de reconstituer le récit. C’est aussi parce qu’en prison la question du regard, du pouvoir de regarder, est exacerbée.
Il est donc particulièrement intéressant de mettre les codes cinématographiques à l’épreuve dans un espace aussi radicalisé
Les vidéo lettres d’Alain Moreau, Sans elles d’Anne Toussaint, De l’ombre à la lumière, IN, Pile ou face réalisés par la cinéaste Belge Valérie Vanhoutvinck et diffusés sur ARTE ou dans le cadre de festivals, ont permis de rendre publique cette nouvelle perception, tous ces films ayant été réalisés dans le cadre d’une démarche artistique menée en milieu pénitentiaire avec des personnes détenues.
La plupart du temps, lorsqu’on se réfère à la cinématographie sur la prison (et ce, à part quelques exceptions où le cinéaste entretient une véritable relation d’échange avec la personne filmée, comme c’est le cas dans De jour comme de nuit de Renaud Victor), le regard vient toujours de l’extérieur, il “épingle” la personne détenue en la soumettant une fois de plus au regard de l’autre et cela, sans réciprocité.
Claude Lucas, écrivain, condamné à de longues peines, écrit dans son livre Suerte :
“Oui, tout voir jusqu’à l’infamie. Si l’autre est celui qui me regarde, qui me tient sous son regard et m’interpelle, alors le détenu, regardable à merci sans réciprocité, réduit à la visibilité d’un corps objet, perd tout caractère de personne, c’est-à-dire ce qui fait l’essence de son humanité”.
Faire de l’image en prison s’apprivoise (j’opposerais ici l’expression “filmer la prison” à l’expression “filmer en prison”). C’est pour cela qu’il faut du temps et la volonté de mettre en place un espace critique, qui propose une autre perception, qui redéfinisse de nouvelles places pour chacun. Nous pensons que le cinéma peut rendre à la personne incarcérée quelque chose de l’ordre d’une proximité, d’une humanité, en somme ce que la pression médiatique lui refuse le plus souvent.
En prison, personne n’a enlevé aux détenus le droit à la pensée, à la mémoire, à l’imaginaire. Conduire une pratique artistique en milieu carcéral, c’est mettre en place des dispositifs de création qui offrent simplement aux personnes incarcérées la possibilité d’exercer ces droits.
Faire du cinéma en prison et pas du cinéma sur la prison, c’est produire des contextes et des dispositifs d’écriture qui permettent aux individus incarcérés de retrouver l’essence de leur humanité.
La dignité est quelque chose qui s’expérimente et qui se risque.
Nous pensons que si cela s’inscrit sur la pellicule, cela doit pouvoir être partagé avec les spectateurs ; c’est pour cette raison que nous menons aussi une politique de diffusion vers l’extérieur des films réalisés dans le contexte des Ateliers.
“En quoi l’acte de filmer et d’interpréter permet-il à la personne de se ré-envisager ?”
“Comment penser les autres et soi-même autrement ?”
Ce sont ces questions, fondamentales, qui habitent le projet de Lieux Fictifs.
Caroline Caccavale
Avec : Aurore Clement, Christiane Cohendy, Jan Decorte, Hélène Lapiower,Véronique Silver, Samy Szlingerbaum, Natalia Akerman, Benedicte Paquay, Gabriele Claes.
Dans la touffeur d’une nuit d’été, à travers les rues de Bruxelles, dans les cafés, les chambres, les cages d’escalier, des couples se croisent, se séparent, se retrouvent, s’étreignent, se fuient en un ballet indécis, à la fois exaspéré et fragile. Électrisés ou écrasés par la chaleur, les corps s’animent ou s’abandonnent, hésitant entre l’urgence du désir et la torpeur. Jusqu’au petit matin, la ville livre ces fragments de scènes amoureuses : rencontres, retrouvailles et ruptures. « La nuit est plus longue que le désir, la caméra est plus patiente que la nuit, la ville se réveille : Bruxelles va brusseler ».
Serge Daney, Ciné-journal, éd. Cahiers du cinéma.
Le geôlier porte le nom de Simon. Un jeune homme torturé par une prisonnière (le film est une adaptation de Proust) dont il aimerait percer le secret d’un sourire surpris un jour à travers l’objectif d’une caméra super 8. Ariane, la captive en question, ne lui donne jamais la vérité et la franchise d’un tel sourire. Elle le fuit sans cesse par des mensonges, des regards vides et des mots dénués du moindre sentiment. «Voulez-vous que je vienne Simon ?» Lui demande elle ainsi, quand la jeune femme sent qu’il la désire.
En fait ce couple n’est qu’un simulacre dans lequel chacun tente de sauver les apparences, par pitié pour l’autre. Mais la caméra d’Akerman, elle, ne ment pas. Le couple ne partage que rarement les mêmes plans. Le reste du temps, Simon prend Ariane en filature dans ce qui apparaît comme un hommage au "Vertigo" d’Hitchcock. Dans ces moments, la distance entre le suiveur et la suivie, donne de la femme une image lointaine et inaccessible digne de la Carlotta, la femme au portrait du film d’Hitchcock qu’Akerman va jusqu’à reproduire à travers une sculpture.
Dans ce jeu de martyres, une scène vient particulièrement dénoncer la mascarade qui se joue entre eux. Celle, sublime, du bain qui les voit séparés par une vitre aux motifs déformants. Simon tente de caresser l’image floue du corps nue de son amante. Seulement, même protégée par cette barrière, le corps d’Ariane échappe continuellement à ce contact fictif. Et quand, plus tard, le jeune homme tente de posséder Ariane, il n’y parviendra que durant son sommeil. Prenant un plaisir tout égoïste à se frotter contre elle jusqu’à la jouissance.
"La captive" n’est en fait rien d’autre que le récit d’une évasion. Celle d’Ariane qui parvient malgré Simon, l’inquisiteur de son âme, à garder à jamais sa part de ce que l’on nomme «le mystère féminin».
Sous l'œil ébahi des passants un magnifique piano à queue monte dans le ciel. C'est celui de la mère de Charlotte qui, après la mort de son mari, vient habiter chez sa fille. Pendant que sa mère donne ses leçons de piano au rez-de-chaussée, Charlotte, au premier, cherche vainement l'inspiration pour une nouvelle aux accents érotiques qui lui a été commandée. Très vite les deux femmes décident de vendre et de déménager.
Les visiteurs vont se succéder. Si Charlotte et sa mère ne savent pas faire la pub pour la maison, elles ont par contre l'art d'accueillir : une tasse de café, une portion de poulet, un peu de musique et les visiteurs se laissent prendre à ce charme, se livrant aux confidences. Même le respectable agent immobilier qui , de son côté, fait visiter des appartements à Charlotte, viendra goûter de cette atmosphère.
Au cours de l'avant-première au Mazarin , Chantal Ackermann disait que, pessimiste de nature, elle voulait mettre de l'optimisme dans ses films. Ici il est porté par la mère, une femme pleine d'enthousiasme. Si on rit beaucoup des maladresses de Charlotte, de ses efforts pour écrire, on la sent par contre mal dans sa peau, doutant d'elle même . Pour la cinéaste elle fait partie, comme ces couples de visiteurs qui se défont, de cette troisième génération qui n'a pas connu la joie de vivre d'avant guerre et ne peut la retrouver comme fait la mère, bien qu'elle ait eu à souffrir du nazisme. C'est ce que l'on saisit par des détails qui reviennent plusieurs fois . Chantal Ackermann, qui a perdu elle-même sa grand-mère dans les camps, dit qu'elle ne s'est rendu compte, qu'après coup, de ce que représentaient ces détails, qu'on laisse le soin au spectateur de découvrir sous la légèreté, parfois la cocasserie des situations.
Chantal Ackermann réussit à nous donner envie de pénétrer nous aussi dans cette atmosphère chaleureuse où tout le monde retrouve le sourire autour d'un piano, qui tient bien son rôle tout au long du film, faisant de la musique un lien entre les générations .
Jean-Pierre Marielle est un agent immobilier plein de charme, Aurore Clément une maman lumineuse, quant à Sylvie Testud elle campe à merveille une Charlotte au grand cœur, un peu chaplinesque, qui se laisse porter par les évènements.
